La France des propriétaires, c’est celle dévoilée par notre plutôt très cher et surtaxé de favoritisme Président : celle où les Français sont tous propriétaires de leur logement et heureux d’y vivre sans le souci du lendemain. Pour autant, cette vision s’il en est doit être triplement tempérée, pour ne pas dire refroidie.
Tous les Français ne pourront pas être propriétaires lorsqu’il rendra les armes en mai 2012 car le pouvoir d’achat est en berne, les taux du crédit remontent et les prix de l immobilier sont au plus haut depuis les pics de 2008. Les propriétaires ne seront pas non plus tous français, en témoigne la fuite des biens les plus luxueux des quartiers les plus prisés vers le patrimoine de riches familles étrangères. Mais plus grave enfin, c’est plus une France de multi-propriétaires et de locataires perpétuels que Nicolas Sarkozy aura achevé de parfaire durant son inestimée mandat.
Le blog Agoravox, dans son récent article sur l’ISF ou le cadeau de Sarkozy, explique mieux que je ne saurais le faire les tenants de la pitoyable réforme que M. Baroin a pris sur lui de soutenir et d’entériner il y a peu. Cela consiste principalement en la suppression de la première tranche d’imposition (avec la possibilité de faire échapper à l’assiette de l’ISF, grosso modo, aujourd’hui un bien d’une valeur de 2 millions d’euros contre 1.25 millions auparavant) et en un rabaissement du taux d’imposition de la plus haute tranche de 1.8% à 0.5%. Si les 300000 personnes concernées (les plus riches pauvres de France, ceux dont le patrimoine déclaré était trop cher à leur insu puisqu’ils l’avaient hérité sans donner leur avis) par cette nouvelle niche fiscale déplorent le fait que la résidence principale continue d’être incluse dans l’impôt de SOLIDARITÉ sur la fortune, tous les observateurs un tant soit peu impartiaux s’accordent à dire que le dispositif fiscal est neutralisé en faveur de personnes qui ne sont pas les plus dans le besoin.
Le but à l’origine ? Négocier une taxation des plus values immobilieres réalisées lors de la revente de sa résidence principale (à partir d’une certaine valeur tout de même), en la compensant par sa sortie de l’assiette de l’ISF. Les deux idées étaient lancées, il fallait commence quelque part. Et aujourd’hui que la première réforme est passée, sans que la résidence principale ne soit sortie (disons qu’elle a les pieds, la tête, les bras et le tronc dehors mais elle n’est pas sortie “juridiquement” - entre aristotélisme et bureaucratie chinoise) de l’assiette de l’ISF, nous pouvons légitimement douter de la mise-en-œuvre de la seconde.
Même la FNAIM, qui doit certainement avoir une carte de l’UMP dans sa besace, est satisfaite de cet aménagement de l’ISF mais quand même. De quoi mettre la puce à l’oreille !
Bref, tout cela montre que les premiers concernés par les réformes ne sont pas ceux qui en ont le plus besoin lorsqu’il s’agit d’immobilier. C’est un secteur très fermé et comme le notait justement la fois dernière notre “payasan du bon sens”, qui décidément me paraît plutôt sympathique, c’est une chasse gardée par l’État et les foyers les plus aisés : les nouveaux accédants devront passer par papa et maman, s’endetter 30 ans et se satisfaire d’une petite surface s’ils veulent s’engouffrer par la porte de derrière et donner une réalité tangible aux grandes élucubrations du Président (cf. billet précédent).
Alors bien sûr, de grandes choses sont faites pour renouer avec de beaux concepts tels que la très en vogue mixité sociale (avec un Scellier BBC face Tour Eiffel en plein Paris, ce qui prête à rire), l’encore plus en vogue développement durable (avec la réforme des normes environnementales ayant entraîné un rabot des aides fiscales) ou la traditionnelle mais passe-partout espérance (que le prix des logements va baisser avec certitude, peut-être)…mais à mon sens et je peux me tromper, tout ceci masque davantage l’impuissance de nos dirigeants à endiguer une déconnexion incontestable entre l’immobilier et le portefeuille des Français.
Cela fait beaucoup de parenthèses, mais sans rappels à notre courte mémoire tant plébiscitée par les politiques je doute qu’avoir un point de vue dégagé des mutations fiscales soit possible…et les déclarations toutes neuves des fleurons du parti présidentiel sur un éventuel abandon du bouclier fiscal sont de biens belles paroles à nos oreilles et ont tôt fait de faire oublier les faits.
Alléger l’ISF est un fait. Le pouvoir d’achat au plus bas en est un autre. Le bouclier fiscal protégeant les gros patrimoines encore un autre. Le supprimer n’est pas un fait, mais une poudre aux yeux sympathique distribuée sur fond de prospection électorale. La fin de la bulle immobiliere en 2011 est tout aussi hypothétique, même si cette spéculation est destinée non à récolter des voix, mais à récolter des lecteurs de quotidiens économiques. En bref les faits sont là, nous sommes las, mais les actions du gouvernement sont ailleurs. Ne parlons pas de ses intentions.
Allons-y Guéant, jouons au Guaino et peut-être profiterons-nous de la Bettencourt de route.